Marie Frier, artiste plasticien, dessin, audio, video, volume, expositions, art contemporain, drome, rhone alpes, img corbeau
Marie
Frier                                                           .
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Marie Frier, artiste, plasticienne, vue d'exposition, musee chateau annecy
Marie Frier, artiste, plasticienne, vue d'exposition, musee chateau annecy
Vues de l'exposition "Escales (à suivre)" au Musée-Château d'Annecy (octobre/novembre 2007).
En résonnance avec la Biennale d'art contemporain de Lyon. 
(images : Blaise Adilon sauf photo-montage des dessins)
   

L’invitation
Michel Duport

« Même les idées, toujours surprises, traînées comme étirées par le torrent des visions, se modifient à la manière d’un son dont l’origine vole et s’éloigne ». Paul Valéry, Le Retour de Hollande (1926)

Les histoires que propose Marie Frier sont en réalité trois situations. Le mode narratif se fait par des dessins en suites, par la construction de l’espace ou son utilisation pour y inscrire des objets et/ou des sons.
Les voyages lointains dont elle fait le récit, recomposé le plus souvent après-coup, mais aussi ses « voyages autour de ma chambre » (ceux que Xavier de Maistre opposait aux récits d’aventure) sont fondés sur la modification des formes. La rêverie éveillée serait le vrai voyage et les transformations plastiques le témoignage graphique de l’activité psychique du désir. Dans l’installation vidéo, l’ « inquiétante étrangeté » des dessins, l’installation confortable du spectateur, le charme lumineux de la projection, le son, construisent l’ambiance. La relation entre le spectateur et l’œuvre se constitue alors en véritable plastique de souvenirs ou de réminiscences, d’énigmes, d’évènements. L’oiseau surgit dans l’image et l’on pourrait y voir quelqu’augure menaçant, tant l’animal est sur le modèle préhistorique (modèle des peurs enfantines !), or la violence pulsionnelle du surgissement nous libère du piège tendu par la séduction du dispositif.
Il y a dans l’usage du dessin de Marie Frier un paradoxe essentiel. Être de son temps est, dans la vulgate actuelle, synonyme d’utiliser les « nouvelles technologies ». Elle les emploie, en effet, mais avec un repérage « primitivisant » : face aux sophistications techniques, elle réagit par des procédures simples et, dans une économie de moyens, bricole des images plus émouvantes que le jeu interactif brillant qu’on nous présente comme l’avenir de l’art. En fait, l’art ne peut que demeurer archaïque, il se rejoue sans cesse dans le partage du sens par les sens  N’y a-il pas, comme au début du siècle dernier, un souci de se fonder sur des éléments « premiers ». Paul Klee déclarait que les modèles étaient dans les chambres d’enfants ! Un siècle plus tard, cette « origine » aurait curieusement vieilli puisque c’est le dessin d’adolescent, celui inspiré par la bande dessinée, les mangas, le cinéma d’animation qui fait désormais repère, comme si la sensibilité occidentale avait déplacé culturellement son désir d’origine de l’enfance à l’adolescence. Le dessin de Marie Frier est savant, photographique, c’est-à-dire dans une relation perspective juste, au-delà des déformations expressives. Il y a une beauté du dessin qui le rapproche de ceux de Winsor McKay, ou de William Kentridge, voire de certains dessins « photographiques » de Warhol. Avec élégance, Marie Frier dessine en respectant l’épaisseur d’une paupière, la juste plastique des mains et des pieds, ces terminaisons si souvent escamotées par les  faiseurs . La ligne est « claire », sans le romantisme du foisonnement ou des effacements. Foin du dandysme comme figure aristocratique telle que la décrit Walter Benjamin à propos de Charles Baudelaire, le travail, ici, prend tout son sens : c’est l’activité incessante de l’artiste pour ne pas perdre le fil de son histoire et construire généreusement l’invitation aux voyages de la co-existence des regards.

 

L'onde et l'acouphène
Gilles Grand

En contre-plongée et en contre-jour, la neige en gros flocons noirs sur fond gris précède un piano qui rythme les flonflons sur trois temps. La vidéo Copy of igloo copy III de Marie Frier évoque le noir et blanc des premiers films du cinématographe et les sonorités familières d'un clavier en accompagnement. Trois anicroches audibles et synchrones avec l'apparition de trois points à l'écran raniment les coïncidences entre image et son de Norman McLaren. L'oiseau d'un unique tracé jaune réveille la simplicité des animations de Mary Ellen Bute. La décontraction des confrontations rappelle les vidéos de Marie Menken. Et lorsque l'oscillation acoustique devient visible en une forme d'onde, l'abstraction des réalisations de John Whitney traverse l'écran.
Musicalement suggérée, la danse bringuebalante initiale est vite déstabilisée par la répétition en boucle d'un cliquetis plus électronique, l'écart avec les prédécesseurs fameux s'affirme. Si les métamorphoses sonores, vives et soudaines, résonnent en écho lointain avec les Etudes (1948) de Pierre Shaeffer ou la fantaisie électroacoustique de Robert Cohen-Solal pour les Shadoks (1968), ou encore le paysage en musique – à moins que ce ne soit la musique en paysage – du Presque rien (1967) de Luc Ferrari, aucun des assemblages de Marie Frier ne peut se résumer selon des critères connus, que ce soit ceux du cinéma ou ceux de la musique.
Partant d'une capture documentaire, la confrontation aux matériaux se veut fragmentaire et subjective. Le déplacement n'évite aucune aberration, incluant mouvement, transformation et transposition du regard par l'audition, ou l'inverse. Une distorsion réjouissante propulse le voyage intérieur de la vidéo Acouphene story. Le premier mot du titre réunit les verbes grecs akouein, entendre et phainesthai, briller, se montrer, paraître. A partir du second verbe, Platon définit phantasma en prenant pour exemple la pratique des peintres qui représentent les objets non tels qu'ils sont, mais tels qu'ils apparaissent selon leur position et le point de vue de l'observateur. Dans l'installation Odessa's blues, l'onde secouant la mer noire surnage en une sensation auditive résiduelle. Un acouphène démesuré prolonge la maquette d'un ascenseur dont l'utilisation paraît désuète.
Marie Frier suggère un paysage fragmenté en dessins instables, en structures partielles, en découpes de photographies, en extraits vidéos et en échantillons sonores, animé selon un scénario non écrit privilégiant la concaténation des sensations. L'onde engloutit le mystère de son agitation et l'acouphène en brasse les éclats pour notre oreille interne.

 

 

Textes écrits pour la publication "Semaine - Marie Frier - Escales (à suivre) - Musée-Château d'Annecy - Galeries Nomades".

 

 
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